SPLEEN
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
II nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;
Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;
Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,
Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.
– Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
Charles Baudelaire-- Spleen et Idéal, LXXVIII

Visionnaire Baudelaire à décrit il y a bien longtemps notre monde...à moins qu'il n'ait jamais vraiment changé ce "putain de monde"... A-t-on vécu depuis toujours dans une illusion ?? Avions-nous de si grandes oeillères qui nous cachaient la réalité ?? Quoi qu'il en soit , le "reveil" est brutal, douloureux (pour ceux qui se reveillent, les autres continus de vivre dans leur "happy world")... J'ai mal à "mon" monde et vous ?
Humeur : torturée
Bande son : Cry - James Blunt